La part d’ombre en moi

sombre«Papa, je pense que je devrais recommencer à prendre des antidépresseurs…»

J’aurais vraiment préféré éviter ces mots. Je ne suis pas du tout du genre à vouloir éviter à tout prix de prendre des médicaments (mon père médecin connait trop les effets bénéfiques de chacun pour que j’aie cette mentalité), mais c’est que ça rend dépendant, ces trucs-là! Lorsque mon corps y est habitué, s’il m’arrive de ne pas les prendre pendant deux jours, je ne tiens plus debout, je suis faible et étourdie. Et en plus, ça coûte vraiment cher!

Mais lorsque j’en avais pris, la première fois, ça avait fait une grande différence dans ma vie. J’avais alors un emploi de rêve où j’étais reconnue et appréciée, des collègues merveilleux, un amoureux bon et joyeux, de très généreux colocataires… Et sans raison apparente, je n’étais plus capable de faire quoi que ce soit dans cette vie extérieurement magnifique. Cela même qui me motivait avant était devenu sources d’angoisse. Le diagnostique est tombé facilement vu mes antécédents familiaux: il s’agit probablement d’un trouble anxieux qui me mène vers un état dépressif.

À la relecture de ma vie, je peux voir que cela a toujours été présent, mais quand ça me rend infonctionnelle, ça devient un réel problème, une maladie. Ça se traduit concrètement par un immense manque de motivation qui rend lourde chaque chose que j’ai à faire et me fait souhaiter malgré moi ne pas exister. Ma tendance habituelle à la procrastination devient alors une réelle fuite de mes responsabilités, de ma réalité. Cette fuite, moi, je la vis dans les films et les émissions de télévision, qui peuvent m’être une véritable drogue et anesthésient complètement mes sentiments réels en me faisant vivre ceux de la fiction que je regarde. Mais lorsque le film ou l’émission est terminé, tout est pire puisque je n’ai rien fait de ce que j’avais à faire; donc, pour calmer l’angoisse, je regarde une autre fiction télévisuelle et j’en deviens dépendante, complètement infonctionnelle, hors réalité. Je comprends alors comment l’on peut tomber dans l’alcoolisme.

J’ai conscience de l’admiration qu’on me porte parfois à cause de mon charisme pour parler et de mes talents visibles. J’ai aussi conscience de l’insignifiance que j’ai aux yeux de plusieurs pour qui ces talents mis au service de l’Église ne veulent rien dire. Mais au-delà des apparences, tout en sachant ce que je vaux et en connaissant mon importance pour le monde par la mission que Dieu a pour moi, je constate cette part d’ombre épaisse qui m’habite. Pourtant, je n’ai pas ce qu’on pourrait appeler un «tempérament anxieux»; je suis habituellement plutôt audacieuse et aventurière! Mais l’angoisse est là, irrationnelle, qui me guette. C’est fascinant, la maladie mentale. Mais c’est aussi fort handicapant.

Je veux en parler. C’est beaucoup trop tabou, comme sujet, et ça n’aide personne: la honte mène à l’isolement et ce n’est pas un bon chemin pour évoluer. Même s’il y a des moments où je veux juste qu’on me laisse tranquille pour que je puisse me «droguer» de films, me couper de la réalité et laisser ma vie me filer entre les doigts, ce n’est pas ce qui m’aide le plus. Et quand, enfin, je veux m’en sortir, reprendre goût à l’existence et y porter du fruit, j’ai besoin de ne pas être seule. Écrire ce texte est pour moi un important pas pour briser mon isolement et revenir à la réalité.

Et puis, vous savez, ce que vit une personne intérieurement n’est pas toujours apparent. En général, je réussis assez bien à conserver les apparences, et je m’isole pour vivre le plus sombre de mes sentiments. Il y a quelques semaines, un jeune homme de 16 ans qui allait à l’école de mes sœurs s’est enlevé la vie et je m’étonnais que tous ceux qui le connaissaient n’aient vu en lui qu’un garçon réservé, mais joyeux et apprécié. Cependant, est-ce si étonnant que cela? Quand un insidieux sentiment morose s’empare ainsi de soi, on ne veut pas déranger les personnes qui nous entourent avec cette négativité, surtout lorsqu’on est habitué de mettre surtout de la joie dans leur vie. Ledit jeune homme est même allé jusqu’à sortir dehors pour commettre son geste final pour ne pas tacher la maison et déranger le moins possible. Il faudra bien trouver des pistes de solution à ce côté tabou, en société…

J’ai perdu bien du temps précieux, ces dernières semaines. Le non avancement de mes projets m’est source de découragement, mais je veux me reprendre, vivre à nouveau. Je veux laisser couler mes douloureuses larmes plutôt que de geler mes sentiments. S’il le faut, je prendrai de la médication. J’ai peur pour l’avenir, peur que cet état qui me guette sans cesse m’empêche d’accomplir les engagements que je prendrai. Mais j’ai la chance, dans ma foi, de pouvoir avoir confiance en Dieu pour me guider à travers ce qui est bon que je fasse et me donner la force de le faire.

Un ami m’a parlé d’une juive dont l’Église catholique reconnait les vertus, une jeune femme nommée Etty Hillesum qui vivait (entre autres) avec des problèmes de dépression. Elle a un jour écrit qu’il faut savoir vivre sa dépression sans être déprimé… La différence est peu connue, mais ô combien importante! (Cet intéressant petit article l’Illustre.) Je ne veux pas me laisser être déprimée. Je veux avoir confiance malgré tout et respecter humblement mes limites.

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5 réflexions sur “La part d’ombre en moi

  1. Ping : Dieu et le Mal dans le monde | Val Carrier

  2. Ma chère Valérie, Je veux te répondre. Présentement j’ai un peu de travail important suite au décès d’une de nos sœurs. Je te répondrai ou te parlerai si je te vois. A très bientôt En attendant, je t’embrasse chaleureusement Tante Colette Date: Fri, 24 Apr 2015 23:49:35 +0000 To: srcolettecarrier@hotmail.com

  3. Chère Valérie,
    J’ai répondu par ton adresse courriel du début. Je ne sais si tu reçois ce que j’ai écrit.
    Je t’embrasse affectueusement, je t’aime beaucoup
    Tante colette

  4. Ping : Changement de plan! | Val Carrier

  5. Ping : Invente-le! | Val Carrier

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